Je suis étudiante, c'est très facile à remarquer.
tout d'abord mes fringues sont outrageusement coordonées, aujourd'hui par exemple : jean devenu trop large qui cache entièrement mes ballerines défoncées, et mon grand sweet GAP gris complètement difforme. Un sac eastpack orné de multiples crânes jaunâtres. Avec l'accessoire indispensable, le gros casque de mp3.
Le tout agrémenté d'une non coiffure et d'un non maquillage. Teint blafard et cernes apparentes.
Fatiguée à longueur de temps de se lever à 9h pour aller à la fac. De faire les soldes avec les copines après les 4 heures de cours de la journée.
Epuisée par les soirées passées dans des bars avec une bande de potes, ou plus simples chez des amis.
Sans compter les soirées passées seule à rigoler devant msn tout en suivant la campagne de Obama sur i>télé, répondant souvent au téléphone ou regardant un film téléchargé illégallement.
Parce que l'étudiante aime les trucs interdits, risqués et surtout mal vus. Elle adore les regards dédaigneux des petites vieilles et des gens bien pensants, elle aime porter des t-shirts aux slogans provocants, se faire tripoter par son copain en plein milieu d'un wagon de métro (ou pas...). Elle aime fumer un pétard de temps en temps avec les potes, se prendre une mini cuite une fois dans le mois, se battre aussi.
Elle adore par dessus tout aller en boîte avec sa meilleure pote alors qu'elle déteste danser, juste histoire de bouger sur de la musique commerciale, critiquer tout le monde et rembarer les multiples obsédés de base qui vont malencontreusement tenter un accouplement.
L'étudiante s'en fout, elle ne pense pas à demain, elle n'y pense plus; Elle y a assez pensé, beaucoup plus que la plupart des adultes croit-elle. Elle fait des projets puis les abandonne, elle vise haut, trop haut et s'en fout de tomber, son rêve à elle c'est de voler, et en attendant de travailler comme une esclave pour y arriver elle profite en se riant des autres.
L'étudiante se la joue intello, méprise le front national et sarkozy sans majuscule, elle se la joue gaucho et proclame des discours enflammés sur les manifestations, les grèves, la censure et la tektonik.
Elle est un peu philosophe et dévore les livres qui ont eu la mauvaise idée de lui tomber sous la main.
Mais ce qu'elle dévore avant tout c'est la nourriture, plus c'est calorique et bon, mieux c'est !
les régimes et la taille fine c'est pas pour elle, elle s'en bat les couilles du nombre de calories par milk shake et du taux de cholestérol, elle aime alors elle mange et c'est tout. Ca compense avec les périodes de diète à l'unique repas par jour.
Parce que oui, l'étudiante est une feignante, elle en a marre des courses, de la cuisine et de la vaisselle, parfois elle a une bouffée délirante aiguë, alors elle remplit son frigo. Habituellement désertique. C'est une adepte du japonais, du grec, des pizzas surgelés et gratins au légumes (quand même) les fruits et le poisson, c'est pas pour elle. Elle est paresseuse dans ses études aussi, ne travaille que sous la pression, mais jamais assez forcément, et puis se déculpabilise en remarquant que ses amis étudiants en sont au même point qu'elle. Mais elle étudie comme une forcenée pour garder son précieux statut et obtenir ce foutu diplôme qui lui serra aussi utile qu'une crème solaire à Rama Yade.
Ses amis, c'est la priorité, l'étudiante a beaucoup de potes, mais des amis, même si elle est jeune, elle est consciente qu'il y en a peu. Alors ils passent avant le reste ; le mec du moment, le taff en retard, la fatigue. C'est les soirée poker ou ciné, ou délire devant un film ou une bouteille, c'est les sorties nocturnes dans Paris, le théâtre, les concerts, les squats. Ou juste de la glande, parce que c'est tes amis et quoique tu fasses tu t'emmerdes jamais avec eux.
Mais ça ne passe pas avant la famille. L'étudiante n'a pas scié le cordon, alors elle va voir la famille, elle en fait encore partie, elle remet de l'ordre quand ça va pas, se fait engueuler quand ses pieds quittent terre et elle profite de tous les moments de complicité.
Elle ne croit plus en grand chose la pauvre gamine désabusée, elle a 40 ans dans sa tête et trouve ça pathétique, l'amour c'est fini, la politique c'est une utopie, l'écologie c'est foutu, les enfants c'est hors de question.
L'étudiante oublie d'arroser ses plantes, passe 3 heures au téléphone parfois le soir, elle chante dans la rue et cumule un boulot plus les études, elle dépenses sans (trop) compter pour Nöel, elle prend les mecs et les jette, ils sont tellements banals qu'ils méritent pas plus que ça, elle conduit ou apprend et aime ça. Elle a l'impression que tout est facile, que si lui peut le faire, elle le peut aussi.
Elle emmerde le monde et il lui rend bien